ESSAI MITSUBISHI ECLIPSE CROSS : C'EST PAS UN SCENIC !

Une Mitsubishi familiale produite en France ? Tout à fait ! Voici l’Eclipse Cross, une voiture électrique moins japonaise que française, reine des tours de passe-passe.

Comme un frigidaire, un sopalin, un bic, un canadair, un kleenex ou une kalashnikov, le Scenic a, pour certains, été lexicalisé : cette appellation initialement commerciale est devenue un nom commun définissant un type d’objets et, en l’occurrence, un monospace compact.

Le Mitsubishi Eclipse Cross, avec son statut de crossover, n’est donc pas un Scenic. Et pourtant, c’en est un : il s’agit bel et bien d’un Renault Scenic E-Tech rebadgé. Vous suivez ?

Rien ne change ou presque entre le modèle Renault et le Mitsubishi, mais la calandre et le capot remodelés rendent ce tour de passe-passe à peu près indétectable aux yeux des badauds. Et cette face avant plutôt originale semble plaire.

Bref, la manœuvre paraît bien exécutée et prometteuse car, avec le Skoda Elroq, le Renault Scenic compte parmi les crossovers familiaux 100 % électriques européens les plus recommandables.

Pourtant, côté vie à bord, on ne retrouve ici ni banquette coulissante ni sièges arrière individuels. Ce modèle assemblé en France, bâti sur la plateforme AmpR Medium, fait dans la simplicité.

Pas monospace, mais spacieux

Mais l’espace aux jambes se révèle particulièrement généreux et le dossier central, rabattable indépendamment des autres, se transforme en un volumineux et agréable accoudoir, avec deux porte-gobelets.

Les rangements sont suffisants pour les passagers et le volume de coffre de 545 litres permet de ne pas laisser de bagages à quai. En prime, le plancher de coffre amovible renferme un bac où ranger les câbles de charge. Dommage, en revanche, que les dossiers ne ménagent pas une surface plane lorsqu’ils sont repliés.

A l’avant, tout semble parfaitement à sa place, si ce n’est le comodo servant de sélecteur de transmission : avec celui des essuie-glace et le satellite dédié à la radio, cela fait beaucoup de monde côté droit du volant. Il faut toutefois reconnaître que l’on s’habitue très vite à ce détail et, surtout, que l’environnement numérique ne mérite que des éloges.

Rapide dans son fonctionnement, très intuitif à l’usage, complet et habillé de jolis graphismes, l’interface multimédia, avec Google intégré, fait passer tous les systèmes concurrents pour des usines à gaz ! Et l’Eclipse Cross ne s’en remet pas uniquement à une dalle tactile : de classiques et pratiques boutons soulignent l’écran, rendant accessibles d’un seul geste toutes les fonctionnalités liées au confort et à la sécurité.

Pour parfaire le tout, cette Mitsubishi moins nippone que française, héritière d'un modèle peu répandu en France, se révèle très agréable à conduire, profitant d’un poids contenu (un peu plus de 1 800 kg) pour une voiture électrique de ce gabarit.

Ses réglages de trains roulants restent identiques à ceux du Scenic. Son essieu avant mène bien sa barque et le comportement routier demeure toujours très sain, tandis que l’amortissement, à peine ferme, profite au bien-être. L’électromoteur à rotor bobiné de 218 chevaux et 300 Nm de couple génère de bonnes performances qui, comme la direction calibrée au petits oignons, contribuent à l’agrément.

Les palettes (à partir du deuxième niveau de finition) permettent d’ajuster le niveau de régénération au lever de pied, jusqu’au mode “One Pedal” ; avec un peu d’habitude, ce dernier permet de circuler en ville sans toucher la pédale des freins. Et l’arrêt complet s’effectue sans secousses.

Facile d'utilisation et agréable

Le Mitsu intègre également un planificateur de trajet, pour ne pas laisser le conducteur s’inquiéter des stations et des temps de charge lors des longs trajets. Tout paraît fluide et naturel, comme avec une voiture thermique, et l’autonomie réelle peut atteindre les 550 km si l’on y met les ingrédients.

Sans s’inquiéter de l’éco-conduite ni de l’autonomie, en sollicitant les départementales comme les voix rapides, nous avons constaté une consommation moyenne de 18 kWh/100 km sur un peu plus de 500 km, intégrant de nombreux petits parcours, pourtant “énergivores”. Pour l’anecdote, un détour par l’Allemagne nous a permis de mesurer une consommation moyenne de 28,3 kWh/100 km à 150 km/h.

Au chapitre de la recharge, ce modèle accepte 150 kW sur les bornes rapides, passant alors de 15 à 80 % en 40 petites minutes selon nos essais. C’est convenable, mais certains concurrents font bien mieux. Sur les bornes AC, le chargeur embarqué culmine à 11 kW, sauf à cocher l’option (1 300 €) lui permettant de grimper à 22 kW et de faire passer le temps de charge total (0 à 100 %) de 9 à 5 heures.

La batterie de 87 kWh de capacité, composée de cellules LG, profite de la classique garantie 8 ans/160 000 km. La voiture, elle, fait presque aussi bien : couverte cinq ans (ou 100 000 km), elle jouit d’une garantie prolongée à huit ans sous condition d’un entretien annuel effectué dans le réseau Mitsubishi, très modeste, qui dépasse de peu les 100 enseignes en France.

Ce réseau constitue d’ailleurs l’un des points faibles de cette Mitsubishi qui, par ailleurs, s’affiche à un tarif plus attirant que celui du Scenic E-Tech : 44 990 €, soit 2 000 € de moins en version de base. A ce tarif, la dotation demeure toutefois moins généreuse et, pour remettre son équipement au niveau du Renault, le pack Intense est facturé… 2 000 €. Bref, ce n’est pas vraiment le tarif qui distingue le Français du Japonais, d’autant que, s’agissant de modèles produits en France, les deux profitent d’un bonus systématique de 4 800 €.

Essai Mitsubishi Eclipse Cross – notre avis :

Tout sauf décevant, l’Eclipse Cross ne souffre que de son statut de clone. Et de son petit réseau de distribution, contraignant pour ceux qui habitent loin d’une enseigne Mitsubishi. Alors pourquoi l’acheter lui plutôt qu’un Scenic ? Pour la garantie, pour le prix d’appel attirant ou encore par copinage avec le concessionnaire. Mais dans tous les cas, cela peut être un choix judicieux, même pour les non-initiés à l’automobile électrique.

On aime

  • Autonomie très sérieuse
  • Ergonomie et présentation intérieure
  • Espace aux jambes à l’arrière
  • Agrément de conduite

On aime moins

  • Modularité quelconque
  • Petit réseau de distribution
  • Temps de charge perfectibles

Notre modèle à l’essai : la version Spirit Edition

Bariolée telle une championne ? Oui, un peu. Les nostalgiques du rallye d’époque y verront un hommage aux Lancer modelées par Ralliart, l’écurie officielle de Mitsubishi en WRC. Avec elles, le Finlandais Tommi Mäkinen a été le premier à glaner consécutivement quatre titres mondiaux de pilotes, de 1996 à 1999.

Facturé 2 000 €, le pack Spirit Edition intègre des jantes noires spécifiques, un kit de décoration inédit ainsi que des badges et seuils de portes “Spirit Edition”. Plutôt voyant de prime abord, il se fond finalement dans le trafic avec une certaine discrétion.

Fiche technique (Mitsubishi Eclipse Cross)

  • Version essayée : Intense Spirit Edition
  • À partir de 48 990 €
  • Conso durant l’essai (kWh/100 km) : 18,3
  • Conso mixte WLTP (kWh/100 km) : 16,7
  • Autonomie constructeur (km) : 626
  • CO2(g/km)/bonus : 0/4 800 €
  • Puissance fiscale : 4 CV
  • Pays de fabrication : France
  • Garantie : 5 ans/100 000 km (8 ans/160 000 km sous conditions d’entretien)
  • Garantie batterie : 8 ans/160 000 km
  • Moteur : synchrone à rotor bobiné
  • Transmission : traction, réducteur
  • Puissance (kW/ch) : 160/218
  • Couple (Nm) : 300
  • Batterie : Lithium-Ion, 87 kWh de capacité
  • Temps de charge : (0 à 100 %)
    • Prise renforcée (3,7 kW) : 27h30
    • Borne 7,4 kW : 13h
    • Borne 22 kW : 5h (option)
    • Rapide DC 150 kW : 37 min (15 à 80 %)
  • Poids à vide (kg) : 1 826
  • Long.xlarg.xhaut. (m) : 4,47x1,86x1,57
  • Empattement (m) : 2,79
  • Diamètre de braquage (m) : 10,9
  • Vitesse maxi (km/h) : 170
  • 0 à 100 km/h (s) : 7,9
  • 1 000 m. D.A. (s) : 30
  • Largeur aux coudes AV/AR (cm) : 143/143
  • Espace jambes AR (cm) : 80
  • Coffre à 5/à 2 (l) : 545/1 670

Potentielles concurrentes

  • Renault Scenic, électrique 160 kW/87 kWh, à partir de 46 990 €
  • Peugeot E-3008, électrique 157 kW/73 kWh, à partir de 45 090 €
  • Volkswagen ID.4 Pro, électrique 210 kW/77 kWh, à partir de 47 590 €

Mitsu : plus ça va, moins ça va ?!

Mitsubishi a toujours su concevoir des modèles originaux, voire atypiques, souvent en décalage des productions européennes. Il s’en dégageait une saveur particulière, un petit goût que certains qualifiaient d’exotique : parmi les modèles iconiques, il y eut le Pajero (ici, les infos sur le nouveau concept), costaud baroudeur comme on n’en fait plus, le robuste pick-up L200, la Lancer, berline aux diaboliques déclinaisons EVO, ou l’avant-gardiste citadine électrique i-MiEV, dont dérivaient les anciennes Citroën C-Zéro et Peugeot iOn.

Plus récemment, dès 2014, l’innovant Outlander se déclinait en PHEV, devenant alors le modèle hybride rechargeable le plus vendu en Europe. L’actuelle génération de ce SUV demeure ; en France, c’est même la seule Mitsubishi du catalogue Mitsubishi ! Qu’est-ce que cela signifie ? Que les trois autres modèles de la gamme sont des Renault rebadgées. L’ASX n’est autre qu’un Captur, le Grandis est un Symbioz déguisé et, ici présent, l’Eclipse Cross est un Scenic. Et c’était déjà le cas avec la Mitsubishi Colt, une Clio d’ancienne génération à peine maquillée.

2026-09-08T13:06:50Z